Sébastien Martin, le ministre délégué chargé de l’Industrie, a annoncé mardi l’initiative « France Batterie », qui vise à regrouper tous les acteurs de la filière au sein d’une organisation professionnelle unique. Cette structure doit permettre de mieux affronter la forte concurrence chinoise, mais également de se faire entendre de Bruxelles, très lent à dégager des financements.
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, et la filière des Nouveaux Systèmes Énergétiques ont lancé mardi l’initiative « France Batterie », sur le site de la gigafactory d’Automotive Cells Company (ACC) à Billy-Berclau, dans le Pas-de-Calais. Inspirée de la Plateforme de l’automobile (PFA), cette structure de coordination a pour mission de réunir tous les acteurs de la filière batterie automobile au sein d’une même organisation. Elle permettra de rassembler la constellation de projets émergents en un bloc industriel cohérent et influent.
France Batterie, un argument de plus pour convaincre Bruxelles de sortir des enveloppes du tiroir
Selon Sébastien Martin, France Batterie doit « porter la voix de la filière française au niveau européen », au moment où Paris réclame à l’UE le déblocage d’aides promises. En effet, la France pousse depuis un bon moment auprès de Bruxelles pour financer le programme « Battery Booster ».
Ce dispositif destiné à soutenir la création d’une industrie de la batterie sur le sol Français prévoit le versement d’un prêt de 1,5 milliard d’euros pour l’industrialisation lourde. La Commission européenne n’a toujours pas donné son aval à ce jour. Grâce à France Batterie, le gouvernement français espère convaincre l’UE de lever les verrous sur les aides d’État d’ici l’été, pour obtenir jusqu’à 500 millions d’euros par projet.
La France mise sur les standards environnementaux pour freiner la concurrence chinoise
Outre la recherche de capitaux, France Batterie vise aussi à peser davantage sur la régulation. Face au quasi-monopole des géants chinois CATL et BYD, qui contrôlent plus de 55 % du marché mondial de la batterie, la France sait qu’elle ne peut pas lutter contre cette domination par des investissements, domaine dans lequel Pékin met le paquet. En revanche, elle peut s’appuyer sur des standards environnementaux drastiques, le talon d’Achille des fabricants chinois.
Paris prévoit en particulier l’instauration d’un « passeport batterie », qui doit promouvoir la décarbonation grâce au nucléaire et aux renouvelables. En renforçant les règles, France Batterie entend transformer la contrainte écologique en une barrière protectionniste légitime contre les batteries produites en Asie à partir d’électricité issue du charbon.
France Batterie peut compter sur une filière experte et bien construite
Dans la pratique, France Batterie a une feuille de route qui s’articule autour de trois priorités. Ce sont : déployer des gigafactories pour atteindre 100 à 120 GWh de capacité de production d’ici 2030 ; sécuriser les approvisionnements en matières premières, notamment via le recyclage et le développement de matériaux et composants ; et développer un écosystème durable de réparation et de seconde vie des batteries.
Pour atteindre ses objectifs, la structure s’adossera sur la filière France, qui compte des acteurs historiques et de nouveaux projets industriels, couvrant l’ensemble de l’écosystème. Les industriels français maîtrisent les technologies lithium-ion, dans lesquelles la Chine excelle. Mais ils développent aussi et surtout des solutions d’avenir comme le sodium-ion et les batteries tout solide, grâce à un réseau de recherche reconnu.
