Malgré les campagnes de sensibilisation sur la cause animale et l’impact environnemental de l’élevage, la consommation de viande dans le monde ne décline pas. Face à cet échec, des chercheurs anglais proposent une nouvelle : apposer des images d’animaux vivants à côté des plats à base de viande sur les menus des restaurants. Testée à la cafétéria d’une université, cette technique a permis de faire bondir les repas végétariens de 22%. Mais elle a des limites évidentes…
Selon les chiffres officiels, l’élevage est responsable de près de 60 % des émissions agricoles en France. Et l’agriculture, elle-même, représente le deuxième secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre (GES), avec environ 19 à 20 % du total national. Dans ce contexte, réduire la consommation de viande devient un impératif. A ce jour, la sensibilisation à l’impact environnemental et à la cause animale constitue le moyen principal utilisé pour toucher la corde sensible et changer les habitudes alimentaires. Mais elle ne fonctionne pas puisque la consommation de viande ne cesse d’augmenter.
Des chercheurs anglais et canadiens trouvent une astuce pour réduire la consommation de viande
Alors que faire ? Interdire la viande ? Impossible ! Augmenter les prix ? C’est la perte assurée pour les distributeurs qui s’approvisionnent auprès des éleveurs. Alors que scientifiques et écologistes continuent de se creuser les méninges pour trouver la meilleure méthode, une équipe de chercheurs anglais et canadiens fait part d’une technique qui pourrait faire mouche : afficher des images d’animaux vivants à côté des plats à base de viande sur les menus des restaurants. Ils ont mené une expérience à la cafétéria d’une université et ont constaté que cette association faisait bondir les plats végétariens de 22%. Leurs conclusions ont été publiées dans le Journal of Environmental Psychology.
Un menu avec de la viande accompagné d’une image d’animal
Ces chercheurs – précisément des psychologues – sont issus de l’Université d’East Anglia au Royaume-Uni et de l’Université Brock au Canada. Dans la cafétaria choisie, ils ont distribué deux menus identiques. Mais une différence frappait aux yeux : l’ajout d’une photo de l’animal correspondant à chaque plat carné dans l’un des menus.
Par exemple, une image de poule accompagnait le poulet aigre-doux, une image de cochon reposait aux côtés d’un gyros de porc et une image de vache illustrait le bœuf à la bolognaise. En revanche, il n’y avait aucune image sur les plats végétariens. Concernant les plats carnés, les chercheurs précisent qu’il ne s’agissait pas d’images à forte charge émotionnelle ou choquante pour culpabiliser : simplement un cochon, une vache, un poisson ou un poulet sur fond blanc.
Avec une image d’animal, les commandes de plats végétariens ont grimpé de 22%
Selon les résultats publiés dans le Journal of Environmental Psychology, cette méthode assez simple a eu un effet notable. En effet, les étudiants qui ont reçu un menu avec une image d’animal étaient 22 % plus susceptibles de choisir l’option végétarienne plutôt que la viande. Ce choix a été plus fort sur le cochon, même si la différence n’était pas statistiquement significative.
Est-ce parce que les gens considèrent que cet animal partage beaucoup de caractéristiques biologiques avec l’homme ? Les scientifiques ne sauraient le dire. Mais une chose est sure : cet indice visuel minimal a suffi à modifier le comportement des clients. « Ces résultats démontrent que le fait d’associer la viande à son origine animale peut induire des changements de comportement mesurables. », soutiennent les auteurs.
Une expérience qui a ses limites
Les chercheurs reconnaissent toutefois plusieurs limites à leurs travaux. Ils notent d’abord que l’expérience a eu lieu dans une cafétéria universitaire, avec un public jeune et éduqué. Ce qui rend les résultats difficilement généralisables à l’ensemble de la population et à tous les environnements. Ensuite, l’étude ne mesure qu’un effet ponctuel, sans évaluer si l’impact persiste dans le temps ou avec des expositions répétées. Les scientifiques estiment néanmoins que même un faible glissement des habitudes peut produire des effets significatifs à grande échelle, sur plusieurs établissements et sur la durée. Dès lors, ils se demandent si la réduction de la consommation de viande ne passe pas par l’insertion discrète d’images d’animaux dans les menus, plutôt qu’un long discours pour convaincre.
Pour freiner la consommation de viande, il faudrait peut-être miser sur l’éducation des plus jeunes
Mais attention, ça risque de finir mal ! Cette astuce pourrait hérisser les poils à un inconditionnel de la viande. Tout le monde n’a pas la même compréhension d’une cause, ni les mêmes émotions face à une telle initiative. D’ailleurs, les consommateurs de viande ne savent-ils pas déjà que leurs côtes de bœuf et de porc viennent d’animaux tués et dépecés ?
Associer une image à un menu semble une entreprise vaine, sauf pour les plus sensibles. Parler de problème de santé donnera peut-être de meilleurs résultats. Mieux, il serait plus judicieux de miser sur l’éducation des enfants, dès le bas-âge, plutôt que de perdre son temps à convaincre des adultes déjà de persuadés de leurs goûts et choix alimentaires.
