Après plus de deux ans d’attente, le gouvernement a dévoilé, le mercredi 11 février, la nouvelle stratégie pour l’alimentation, la nutrition et le climat pour 2030. Le texte préconise principalement de limiter la consommation de viande et de charcuterie, et non plus de la réduire. Pour beaucoup, il n’est pas à la hauteur des attentes au regard des ravages environnementaux et sanitaires de nos régimes alimentaires.
Les ministères de l’Agriculture, de la Transition écologique et de la Santé ont publié conjointement, le mercredi 11 février, la nouvelle stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), censée définir l’action du gouvernement d’ici 2030 pour une alimentation saine et moins émettrice de gaz à effet de serre. On retient principalement que le texte préconise de limiter la consommation de viande et de charcuterie, et non plus de la réduire. Une grosse déception pour les organisations environnementales et de la cause animale.
La SNANC a fait l’objet d’âpres négociations ces deux dernières années
Issue de la Convention citoyenne pour le climat et de la loi Climat et résilience de 2021, la SNANC a fait l’objet d’âpres négociations ces deux dernières années entre les ministères de la Transition écologique, de la Santé et de l’Agriculture. Le plus gros point d’achoppement portait sur le terme « limitation » dans la consommation de viande. Le ministère de l’Agriculture défendait cette formulation, tandis que le ministère de la Transition écologique proposait le terme « réduction ». En septembre 2025, Matignon avait tranché, en bloquant la publication du texte. Il préférait remplacer l’idée de réduction par l’expression « consommation de viande équilibrée ». Finalement, c’est la « limitation de la consommation de viande et de charcuterie » qui a été retenue, la viande importée en particulier.
Le texte prévoit une augmentation de la consommation de fruits et de légumes
En novembre dernier, le ministère de l’Agriculture avait également fait main et pied pour obtenir le retrait de la « limitation des produits ultratransformés » ou AUT (sodas, chips, glace, etc.). Le gouvernement a ensuite prétexté un manque de connaissances autour de la « définition opérationnelle » de ces produits pour appeler à « poursuivre l’expertise sur le sujet ». Malgré ces retouches, assure l’exécutif, le document final reste ambitieux. Celui-ci prévoit notamment une augmentation de la consommation de fruits et légumes, de fruits à coque, de légumineuses et de céréales complètes ; une consommation suffisante et limitée de poissons et de produits laitiers, ainsi qu’une limitation de la consommation de viande et de charcuterie.
Cette stratégie pour l’alimentation n’est pas à la hauteur des attentes
En outre, la SNANC fixe 50% de produits durables et de qualité dans la restauration collective (Ehpad, établissements pénitentiaires, écoles, etc.), avec une aide financière pour les cantines rurales. Contre le gaspillage alimentaire, elle table sur la mise en place de contrôles coordonnés chez les différents acteurs concernés. Si toutes ces mesures sont salutaires, le texte laisse beaucoup de personnes sur leur faim.
Ces Français estiment que la stratégie n’est pas à la hauteur des attentes, alors que l’alimentation représente près d’un quart de l’empreinte carbone nationale – dont 61% issus des produits d’origine animale – et qu’elle est responsable de la destruction de la biodiversité. De plus, cette alimentation a des conséquences néfastes sur la santé, avec la malbouffe et les pathologies qui en dérivent (cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, surpoids, obésité ou encore ostéoporose).
Une proposition de loi transpartisane pour aller plus loin que la stratégie pour l’alimentation
Le Réseau action climat (RAC) voit dans la version actuelle de la SNANC « une occasion manquée » pour l’État d’atteindre une alimentation saine et durable pour tous en France. L’ONG déplore les multiples reculs entérinés par les gouvernements d’Emmanuel Macron ces derniers mois. Elle regrette en particulier « un triple renoncement à restreindre la publicité et le marketing pour la malbouffe, à s’emparer du sujet de l’alimentation ultratransformée et à assumer un objectif chiffré de réduction de la consommation de viande ».
L’ancien ministre chargé de la Santé, Dr Yannick Neuder, trouve également que « la SNANC est très peu ambitieuse sur l’alimentation ultra-transformée, qui occupe pourtant une place majeure en France », surtout chez les jeunes et les milieux populaires. Le député (LR) de l’Isère voit spécialement dans la malbouffe, une « bombe à retardement », médicalement parlant. Il a annoncé le dépôt cette semaine d’une proposition de loi transpartisane pour aller plus loin que la SNANC.
