Paquet de cigarette à 10 € : une mesure efficace ? [Revue de presse]

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Conformément aux engagements de campagne d’Emmanuel Macron, le gouvernement vient d’annoncer une hausse importante du paquet de cigarette, pour le porter vers 10 à l’horizon 2020. Alors même que l’ambition est unanimement partagée (réduire la prévalence de fumeurs en France, un enjeu majeur surtout chez les jeunes), la mesure fait l’objet d’une réception médiatique étonnamment contrastée. En ligne de mire des éditorialistes : une logique purement fiscale, à l’efficacité sanitaire discutable, et qui risque de surtout développer la contrebande.

Le prix, levier suffisant de baisse de la consommation ?

Jouer sur le prix du paquet semble, à première vue, une bonne façon de dissuader les fumeurs. Mais les spécialistes sont dubitatifs, et « l’argument n’a pas totalement convaincu les associations » nous apprend Le Monde.  En cause (toujours dans Le Monde), la progressivité de la hausse, qui la rendrait inefficace sur le plan sanitaire : « La seule augmentation qui va avoir une incidence sur la consommation, c’est celle de 14,1 % en mars 2018, regrette Clémence Cagnat-Lardeau, la directrice d’Alliance contre le tabac. Toutes les autres, comprises entre 4,2 % et 6,2 %, ne se traduiront pas par des baisses de la consommation car seules les hausses supérieures à 10 % sont réellement efficaces. »

Suffisant pour que de nombreux éditorialistes pointent alors les arrières pensées fiscales du Gouvernement, et un Ministère de Bercy plus soucieux de remplir les caisses de l’Etat que de lutter contre le tabagisme. Un point de vue résumé crûment dans l’Express : « un paquet de cigarettes plus cher représente aussi plus de recettes fiscales ». Bref, un nouveau « coup de bambou fiscal » pour des fumeurs qui ne cachent pas leur dépit, notamment sur Twitter où les réactions sont particulièrement vives.

 

Le report vers la contrebande

Par ailleurs, l’élévation du prix du paquet au-dessus d’un certain seuil risque de s’avérer doublement contreproductif s’il provoque un simple déplacement de la consommation vers les cigarettes de contrebande. D’après Sud Radio, les experts des Douanes auraient bien tenté d’alerter le gouvernement sur ce basculement. Le journaliste Jean-Baptiste Giraud, dans sa chronique du 20 septembre, précise que « aujourd’hui, une cigarette sur 4 fumée en France est une cigarette de contrebande. Les buralistes sont persuadés qu’une nouvelle hausse des prix va faire littéralement exploser ce marché noir. Les douaniers sont du même avis mais manifestement, ils n’ont pas été écoutés par le ministère de la Santé et par Bercy, dont ils dépendent pourtant… ». Bref, selon le journaliste, si « le gouvernement espère que l’arme du prix va marcher […], c’est sans compter avec le marché parallèle. »

Un point de vue partagé par Libération, qui rappelle au passage que ce report vers la contrefaçon ou les achats à l’étranger annulerait non seulement les effets sanitaires espérés, mais aurait en plus une incidence fiscale négative : « En théorie, et plus encore en pratique, les impératifs sanitaires et budgétaires devraient converger : rien ne sert d’alourdir la fiscalité du tabac sans combattre le marché parallèle – 25 % des ventes de clopes dans l’Hexagone, une paille… Le gouvernement a pourtant choisi de marcher sur une seule jambe. »

En réalité, indique Sud Radio, « un plan de lutte contre la contrebande est bien prévu. Mais quand on sait qu’un revendeur de cigarettes dans la rue peut gagner facilement 200 euros par jour et que la sanction encourue reste faible – une simple amende – pas sûr que le paquet de cigarettes à 8, 9 ou 10 euros soit la bonne solution. »

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