Face à l’essor des lunettes connectées, ces montures intelligentes permettant d’interagir avec son environnement et d’enregistrer en toute discrétion, la CNI alerte sur de potentielles risques pour la vie privée des Français. L’organisme pointe des enjeux juridiques, éthiques et sociétaux que leur utilisation soulève. Pour anticiper les problèmes à venir, il lance des travaux sur la conformité de ces appareils en matière de protection des données personnelles.
Les lunettes connectées sont des montures intégrant des technologies intelligentes comme l’IA, le Bluetooth, le microphone et la caméra miniature. Elles permettent à l’utilisateur d’interagir avec son environnement, de passer des appels ou de filmer, et tout cela avec les mains libres. Si ces appareils étaient autrefois réservés à quelques privilégiés, ils sont aujourd’hui répandus en société. Ce qui soulève des inquiétudes concernant la vie privée.
On peut se sentir surveiller et épier constamment
En effet, tout le monde peut se sentir surveiller et épier, même dans son intimité, comme dans les toilettes et les vestiaires. Cette situation pourrait créer un malaise et des suspicions. De quoi nuire aux interactions sociales qu’entretiennent les citoyens. Pour anticiper les dérives, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a lancé lundi des travaux sur la conformité de ces appareils en matière de protection des données personnelles. Elle a également fait de premières recommandations concrètes.
Les lunettes connectées représentent un risque d’atteinte à la vie privée pour 67 % des sondés
Le plan d’action de la CNIL s’appuie sur une enquête menée en janvier 2026 (du 22 au 29 janvier) avec l’aide de Harris Interactive – Toluna auprès d’un échantillon de 2 128 personnes représentatif de la population française âgée de plus de 18 ans. Ce sondage vise à explorer le rapport et la perception qu’ont les Français des lunettes connectées, dans un contexte de multiplication de ces dispositifs.
Les résultats montrent qu’une vaste majorité des Français trouve que les lunettes connectées représentent un risque d’atteinte à la vie privée (67 % des sondés). Ils s’inquiètent davantage pour le droit à l’image des personnes et leur consentement (57%), de l’utilisation de l’IA à des fins de détournement ou de deepfakes (37 %) et du vol ou de la fuite de données collectées par les lunettes (34 %).
La CNIL souhaite engager des discussions avec ses homologues européens
Face aux enjeux juridiques, éthiques et sociétaux que soulève leur utilisation, la CNIL lance des travaux sur la conformité des lunettes connectées en matière de protection des données personnelles. À travers cette initiative, le régulateur souhaite engager des discussions avec ses homologues européens au sein du Comité européen de la protection des données (CEPD), puisque cette problématique ne concerne pas que la France. Il veut ensuite consulter les autres autorités publiques compétentes dans le monde.
En attendant, l’organisme rappelle les seules lois en vigueur s’appliquant à ces équipements. Comme l’article 9 du Code civil, qui garantit le respect de la vie privée dans tous les lieux, publics ou privés. Et l’article 226-1 du Code pénal, qui prévoit jusqu’à un an d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende pour quiconque filmerait une personne sans son consentement dans un lieu privé.
Les bonnes pratiques pour les utilisateurs de lunettes connectées
En complément de ce rappel, la CNIL liste les bonnes pratiques pour les utilisateurs de lunettes connectées. Elle leur conseille d’informer les personnes à proximité en cas d’utilisation de ces appareils, de désactiver les fonctions de captation dès qu’elles ne sont plus utiles et de les éteindre toutes les fois qu’on leur demande d’éteindre leur téléphone portable (les deux appareils étant liés).
La CNIL recommande aussi d’éviter d’utiliser les lunettes connectées dans les lieux où les personnes ne s’y attendent pas, de veiller à obtenir leur consentement pour utiliser des photos ou vidéos où elles apparaissent (par exemple sur les réseaux sociaux) et de réfléchir avant de partager une publication, même anodine, car cela peut avoir des effets durables pour les personnes concernées.
