A Lille, dans le Nord, un jeune homme de 22 ans a été jugé mardi pour un homicide routier, lié à la consommation de protoxyde d’azote, d’alcool et de cannabis. Cet accident survenu en mars a emporté son amie âgée de 20 ans. Le parquet a requis cinq ans de prison ferme ainsi que la révocation du sursis probatoire de 8 mois dont bénéficie le prévenu. La sanction sera connue le 13 mai prochain.
Encore une mauvaise presse pour le « gaz hilarant ». Le mardi 3 mai, le tribunal correctionnel de Lille a jugé un jeune homme de 22 ans poursuivi pour homicide routier, lié à la consommation de protoxyde d’azote, d’alcool et de stupéfiants. Yanis H. – c’est son nom –est en détention provisoire depuis le 18 mars dernier. Ce jour-là, il a involontairement causé la mort de son amie Lyla, 20 ans, passagère du véhicule qu’il conduisait sur le périphérique, très alcoolisé.
Le prévenu roulait au-dessus des 70 km/h autorisés sur le périphérique de Lille
Selon des éléments de preuve diffusés à l’audience, Yanis H. roulait dans une Citroën C4 Picasso et transportait des ballons de protoxyde d’azote, une substance causant euphorie, ébriété et hallucinations. Au moment de l’accident, la voiture s’est encastrée côté passager jusqu’à la roue arrière sous un camion.
Les photos montrent un amas de ferraille, témoignant de la violence du choc. Si l’enquête n’a pas permis d’établir avec certitude la vitesse à laquelle roulait le jeune homme, on pense qu’il était au-dessus des 70 km/h autorisés sur cette route. Mais c’est le déroulement de la soirée qui a retenu davantage l’attention de la présidente du tribunal.
4 ou 5 joints fumés dans la journée et 10 ou 15 ballons de protoxyde d’azote consommé ce soir-là
Selon son propre témoignage, le prévenu a fumé 4 ou 5 joints dans la journée. Ensuite, il a consommé 10 ou 15 ballons de protoxyde d’azote la nuit fatidique et a ajouté de l’alcool, « un flash de vodka chacun » (avec sa camarade). « Le but de la soirée c’était de réunir toutes les conditions pour avoir un accident, c’est ça ? » a questionné la juge face à une telle consommation.
Yanis H. a déclaré que c’est son amie qui a demandé à le voir ce soir-là et à consommer du proto car « c’était son truc à elle ». La mère de la victime a reconnu ce penchant de sa fille, sans pour autant excuser le jeune homme. Ce dernier assume toutefois tout ce qui s’est passé cette nuit-là.
« Ce n’est pas le procès du protoxyde d’azote »
Me Ossama Dahmane, conseil de Yanis H., assure que ce dernier « est complétement dévasté car c’était son amie qui était côté passager ». Le soir du drame, son client aurait « immédiatement » reconnu les faits et serait « resté sur les lieux de l’accident pour appeler les secours ». L’avocat ajoute que le jeune homme souhaite « s’expliquer » et « s’excuser », même si la victime ne reviendra pas.
Pour sa part, Me Hélène Vatinel, l’avocate des parties civiles, pointe un « cocktail explosif » avec l’alcool, le cannabis et le proto. Elle précise cependant qu’il ne s’agit pas « du procès du protoxyde », qui a déjà mauvaise réputation depuis plusieurs mois en raison de son implication dans des accidents de la route.
Yanis H. encourt vingt ans de prison pour homicide routier sous alcool et stups en récidive
Me Hélène Vatinel souhaite plutôt s’attarder sur la prise de conscience de Yanis H., qui avait déjà été condamné à deux reprises pour conduite sous l’empire d’un produit stupéfiant en 2024 et en 2025. À chaque fois, le jeune homme avait écopé de suspensions de permis. L’avocate trouve cela inacceptable, d’autant que l’accident a eu lieu deux mois seulement après qu’il a récupéré son permis.
« Il faut une peine d’interdiction définitive de passer le permis, pour protéger la société », a-t-elle plaidé. Yanis H. encourt vingt ans de prison pour homicide routier sous alcool et stups en récidive. Le parquet a requis cinq ans fermes et la révocation du sursis probatoire de 8 mois. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 13 mai prochain.
