L’Assemblée nationale a débuté mardi l’examen de la loi d’urgence agricole, qui vise notamment à faciliter la construction de méga-poulaillers et de méga bassines en France. Si le gouvernement et la profession parlent de souveraineté alimentaire face au poids des importations de poulets, les organisations dénoncent une aberration écologique et sanitaire. Ces poulaillers XXL sont associés à la pollution de l’air et des sols, aux nuisances sonores et à la dégradation du bien-être animal.
Combat de coq au Parlement. L’Assemblée nationale a démarré, le mardi 19 mai 2026, l’examen du projet de loi d’urgence agricole visant notamment à faciliter l’implantation de méga-poulaillers en simplifiant les normes réglementaires et administratives. Ce texte doit permettre de répondre à la demande toujours croissante de poulets en France. Cette volaille est la viande préférée des Français, avec environ 25 kg consommés annuellement par personne. Cette consommation a doublé en 20 ans. Mais la production nationale ne suit pas le rythme. Aujourd’hui, plus de la moitié des poulets que nous mangeons est importé, principalement dans la restauration.
Les méga-poulaillers doivent garantir la souveraineté alimentaire de la France
Face à cette situation, le gouvernement pousse pour faire adopter son projet d’urgence agricole. Sur ce point précis des méga-poulaillers, il a le soutien de la profession et des industriels, pour qui c’est une question de souveraineté alimentaire. Les éleveurs pointent la concurrence des Pays-Bas, de la Pologne ou encore de la Belgique, qui font souvent de la réexportation de produits brésiliens, thaïlandais ou ukrainiens.
Pour régler le problème, la filière estime qu’il faudra agrandir les poulaillers ou en construire plus de 2 000 de taille XXL dans les dix prochaines années. La France pourrait ainsi garantir sa souveraine alimentaire ainsi que la compétitivité économique de ses producteurs.
Les opposants craignent d’importantes nuisances sonores et olfactives
Mais ces arguments ne convainquent pas les associations environnementales et les populations voisinent des mégafermes. Les opposants alertent sur le risque de nuisances sonores avec autant de poules massées dans un même espace, parfois plus d’1 million. En France, pour un élevage professionnel en plein air et au sol, la densité maximale autorisée dans le bâtiment est de 9 poules par m2 de surface utilisable.
Les riverains redoutent aussi les odeurs à cause des fientes et des émissions massives d’ammoniac. Ils dénoncent surtout une aberration écologique, avec la pollution des sols et des eaux. En effet, les poulaillers géants génèrent une importante quantité de fumier qui peut contaminer l’environnement.
Un risque pour la santé humaine et le bien-être animal
En outre, les associations voient dans les poulaillers géants un danger pour la santé de tous. Ces élevages gigantesques produisent beaucoup de particules fines, tout en renforçant la résistance des bactéries par l’utilisation abusive et massive des antibiotiques. L’homme est ainsi davantage exposé aux maladies.
Par ailleurs, les détracteurs s’inquiètent pour le bien-être animal. Les fermes industriels se caractérisent par la cruauté envers les animaux avec le gavage des poules et leur concentration dans un espace exigu, souvent couvert. De leurs côtés, les petits producteurs familiaux craignent d’être absorbés par l’élevage de masse et être contraints d’abandonner leurs activités.
Le RN et LR soutiennent la construction de méga-poulaillers
Si elle comprend ces inquiétudes, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard reste droite dans ses bottes. Elle défend « l’urgence de produire » pour assurer la souveraineté alimentaire de la France. De ce fait, elle a appelé les parlementaires à ne pas faire d’« obstruction » au texte. Les Ecologistes (EELV) ont promis de défendre pied à pied leurs positions.
De leurs côtés, les Socialistes (PS) et les Insoumis (LFI) s’opposent à de nombreuses mesures, vues comme des atteintes au droit de l’environnement. À l’inverse, l’extrême droite (RN) et la droite (LR) mettent la pression pour faire adopter le projet de loi agricole. L’examen du texte se poursuivra en séance publique jusqu’au 29 mai, avant un vote final prévu le 2 juin.
